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Depuis quelques années, le jeûne intermittent vit ses heures de gloire.
Prôné par certains médecins, véhiculé amplement sur les réseaux sociaux, thématique omniprésente en librairie, cette approche alimentaire est sur toutes les lèvres ou …presque.
Cette tendance alimentaire est-elle vraiment efficace pour prévenir ou traiter un diabète de type 2 ou une autre mode passagère?
Qu’est-ce que le jeûne intermittent?
Voilà déjà une question bien complexe! En effet, aucun consensus scientifique clair existe quant à sa définition.
Selon le dictionnaire Larousse[1], le jeûne a deux significations possibles :
- Arrêt total de l’alimentation, avec maintien ou non de la consommation d’eau.
- Pratique religieuse consistant en une privation complète ou partielle de nourriture (comme le Ramadan ou le Carême).
Dans le cabinet du médecin ou dans les médias, le jeûne intermittent fait souvent référence au 16:8, ce qui signifie que la personne ne mange pas pendant une période de seize heures (mais continue de s’hydrater) et ensuite mange sur une période de huit heures.
Malgré que ce type de jeûne est le plus répandu et le plus populaire, de nombreuses déclinaisons existent. Certaines sont extrêmes, d’autres plus libérales! À titre indicatif, la version 5:2 consiste à restreindre à plus de 75% les apports caloriques deux jours par semaine tout en mangeant normalement les cinq autres jours. Sinon, la pratique du Ramadan consiste à ne rien manger entre le lever du soleil et son coucher. Ainsi, à la noirceur venue, les personnes peuvent à nouveau manger et feront ce cycle pour une durée moyenne de 30 jours. Bref, il y en pour tous les goûts! Le tout ne fait pas exception dans les études scientifiques…
[1] Définitions : jeûne – Dictionnaire de français Larousse, consultée le 26 mai 2025
Les forces du jeûne intermittent
La pratique du jeûne intermittent est plutôt accessible à tous et plutôt simple à comprendre. Ainsi, chacun peut décider du type de jeûne à adopter selon son emploi du temps et sa réalité. Alors, une personne pourrait décider de manger de midi à 20h00 (technique 16 :8) alors qu’une autre pourrait entamer 2 jours d’apports alimentaires très faibles durant ses journées de congé (technique 5 :2) et manger normalement durant ses journées de travail.
La pratique du jeûne intermittent ne comporte aucune restriction alimentaire (sauf si vous souffrez d’intolérance(s) ou d’allergie(s) alimentaires.) Ainsi, durant la plage-horaire choisie pour manger, tout aliment est permis. Ainsi, le tout est plus facile que de calculer ses calories et/ou ses portions !
La pratique du jeûne intermittent incite souvent à une hydratation plus soutenue et constante. Selon mon expérience clinique, les personnes pratiquant le jeûne n’oublient pas de boire car ils ont juste ça à faire durant l’abstinence de nourriture! Attention, les breuvages choisis durant la période de jeûne ne doivent pas fournir de calories pour ne briser le jeûne!
Comment le jeûne intermittent agit-il sur le corps?
En période de jeûne ou lorsque le corps est privé de nourriture pendant une certaine période de temps (en règle générale, plus de 12 heures), le corps puisse alors son énergie dans le tissu graisseux. En dégradant cette matière, le corps produit aussi des déchets, nommés les corps cétoniques. Ces déchets peuvent toutefois avoir des conséquences importantes chez certaines personnes vivant avec le diabète qui prennent certains types de médicament (voir onglet RISQUES).
Le jeûne intermittent et la prévention du diabète de type 2 : Bonne idée?
Le jeûne intermittent est populaire car il est reconnu pour engendrer une perte poids. En prenant en considération que le surpoids et l’obésité sont des facteurs de risque importants au diabète de type 2, le jeûne est-il alors une façon de prévenir cette maladie chronique?
Selon une revue de littérature réalisée en 2020,[1] englobant 41 études s’étant intéressées à l’impact du jeûne intermittent et la perte de poids, le jeûne pourrait engendrer une perte de poids variant de 0,8 à 13%!! Évidemment, les résultats sont très divergents car
- Le temps des études variait entre 2 à 26 semaines (6 mois);
- Le nombre de participants fluctuait entre 10 et 240 personnes;
- Le type de jeûne n’était pas le même d’une étude à l’autre;
En prenant en considération qu’une perte de poids de 5-10% peut permettre de renverser un stade de prédiabète, ces résultats divergents ne peuvent pas vous garantir que le jeûne intermittent préviendra le diabète de type 2.
Fait intéressant à noter : En 2022, un résumé scientifique sur les techniques de perte de poids et leur efficacité a démontré que le jeûne intermittent engendre une perte de poids similaire qu’une approche dite traditionnelle. [2] Alors, il n’est pas nécessairement obligatoire de se priver de nourriture 12,14 ou 16 heures par jour pour arriver possiblement …au même résultat sur la balance!
[1] Stephanie Welton 1and al, Intermittent fasting and weight loss: Systematic review, Can Fam Physician. 2020 Feb;66(2):117-125, Intermittent fasting and weight loss: Systematic review – PubMed, consultee le 26 mai 2025
[2] Qing Zhang and al, Intermittent Fasting versus Continuous Calorie Restriction: Which Is Better for Weight Loss?, Nutrient,
. 2022 Apr 24;14(9):1781. Intermittent Fasting versus Continuous Calorie Restriction: Which Is Better for Weight Loss? – PubMed, consultee le 26 mai 2025
Le jeûne intermittent, le prédiabète et le diabète de type 2 : Une avenue prometteuse?
En 2024, une revue de littérature scientifique s’est posée la question suivante: Et si le jeûne intermittent était plus efficace une fois la maladie installée?
Regroupant 14 études représentant 1100 adultes, en surpoids ou obèses, souffrant de prédiabète ou de diabète de type 2, a démontré des résultats forts prometteurs et significatifs :
- Une diminution du poids ;
- Une diminution de l’indice de masse corporelle;
- Une amélioration de l’hémoglobine glycquée, c’est-à-dire la moyenne de vos glycémies des 3 derniers mois.
Toutefois, aucun changement significatif n’a été observé sur le bilan de gras sanguin (appelé bilan lipidique), ni sur la pression et ni sur la sensibilité à l’insuline.
Malgré ces données encourageantes, le nombre d’études demeurent limité et le nombre de participants trop petit pour en faire une recommandation nutritionnelle généralisée en prédiabète ou en diabète de type 2.
Si l’approche vous intéresse, n’hésitez pas à en discuter plus longuement avec votre équipe de soins.
Le jeûne intermittent et la gestion des glycémies en diabète de type 2 : Gagnant?
Les études à ce sujet sont désastreuses! Peu nombreuses (moins de 10 études bien réalisées sur le sujet), de courtes durée (entre 3 jours et 12 mois), peu de participants par étude (entre 8 à 110 sujets), les données actuelles ne nous permettent pas de confirmer que cette pratique alimentaire aide à normaliser le contrôle glycémique. [1]
[1] Mousa Khalafi and al, The effects of intermittent fasting on body composition and cardiometabolic health in adults with prediabetes or type 2 diabetes: A systematic review and meta-analysis.Diabetes Obes Metabol. 2024 Sep;26(9):3830-3841. The effects of intermittent fasting on body composition and cardiometabolic health in adults with prediabetes or type 2 diabetes: A systematic review and meta-analysis – PubMed, consultée le 26 mai 2025
Le jeûne intermittent et la gestion des glycémies en diabète de type 2 : Gagnant?
Même si les études sur le jeûne intermittent ont démontré peu d’effets secondaires, mon expérience clinique des vingt dernières années m’ont prouvé que certaines personnes tolèrent très mal cette pratique alimentaire. En voici quelques exemples :
- Des symptômes s’apparentant à de l’hypoglycémie : mal de tête, faim importante, étourdissements, faiblesses, légères palpitations.
- Un non-respect des signaux de faim et de satiété : La personne ressent une faim importante durant les périodes de privation et s’empiffre aux repas venus.
- Un sentiment d’isolement : La personne est contrainte de ne pas manger sur des plages-horaires prédéfinies malgré des invitations au restaurant, des voyages, des sorties entre amis ou le simple fait que leur famille mange devant eux.
Le jeûne intermittent ne devrait pas faire partie de votre vie si…
- Vous souffrez ou avez souffert d’un trouble de comportement alimentaire;
- Vous êtes enceinte;
- Vous allaitez;
- Vous avez un poids insuffisant ( IMC inférieur à 18,5 (clientèle adulte) et moins de 23 (clientèle âgée de 65 ans et plus) ;
- Vous êtes insulinodépendants (une ou plusieurs injections d’insuline par jour);
- Vous utilisez des médicaments en diabète pouvant occasionner une acidocétose (insuline ou inhibiteurs du SGLT2 tels que le Jardiance, Invokana)
- Vous utilisez des médicaments en diabète reconnus pour augmenter vos risques d’hypoglycémie ( ex : Diabeta, Diamicron, insuline)
- Vous faites des hypoglycémies sévères régulièrement (en bas de 2,9 mmol/L) ;
- Vous vivez des hypoglycémies sévères sans ressentir ces symptômes;
Bref, les études sont manquantes, non constantes et peu étudiées sur du long terme pour en prédiabète ou en diabète de type 2. Ainsi, la pratique du jeûne intermittent auprès de la clientèle prédiabétique ou vivant avec le diabète de type 2 est loin de démontrer des preuves concluantes, validées et valables et ayant un réel impact sur votre santé.
Si l’approche vous intéresse malgré tout, consultez un professionnel de la santé à ce sujet afin de prendre une décision éclairée et de couvrir vos besoins nutritionnels.
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