
Mounjaro : Le « Ozempic 2.0 » est-il la nouvelle solution miracle pour le diabète de type 2 ?
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19 juin 2026L’Obésité : Au-delà du poids et du risque de développer le diabète de type 2
Oui, l’obésité est un facteur de risque reconnu du diabète de type 2. D’ailleurs, il est très commun d’entendre — ou de penser — ce raccourci : « Tu es gros, tu vas finir par devenir diabétique. » Cette croyance n’est pas anodine, puisque près de 80 % des personnes vivant avec le diabète de type 2 présentent un surplus de poids ou une obésité. [1] ( Prenez note que 20% des personnes avec cette condition de santé a un poids dit santé…Gardez le tout en tête durant votre lecture!)
Pourtant, la réalité est beaucoup plus nuancée : En 2020-2021, près de 23 % de la population vit simplement avec un IMC supérieur à 30[2], sans pour autant développer de problèmes de santé. Rappelons aussi que la prévalence globale du diabète de type 2 au Québec tourne autour de 10 %.
Alors, posons la vraie question : doit-on automatiquement craindre l’obésité comme une fatalité médicale ?
Il faut dire que le monde de la gestion du diabète et du poids est en pleine révolution. Si vous naviguez un tant soit peu sur les réseaux sociaux, vous avez inévitablement entendu parler des molécules de l’heure : Ozempic et Mounjaro. Ces traitements permettent enfin de mieux réguler la glycémie tout en soutenant la perte de poids.
Mais alors que l’on commence à peine à apprivoiser ces options, une nouvelle venue en développement fait déjà trembler l’actualité médicale : le retatrudide[3]. Les données préliminaires affichent des résultats spectaculaires, avec une perte de poids moyenne de 24 % — un changement corporel qui frôle ce que l’on observe normalement après une chirurgie bariatrique.
Devant cette avalanche d’innovations pharmacologiques — qui, au-delà du poids, démontrent de réels effets protecteurs sur des organes clés comme le cœur, les reins et le foie —, il est légitime de se questionner. Est-ce une avancée historique pour la médecine ou le début d’une course effrénée vers un chiffre sur la balance au détriment de la santé globale ? Sommes-nous en train de survaloriser la perte de poids, en tant que société, au lieu de valoriser l’adoption de saines habitudes de vie durables ?
Pour y voir clair, décortiquons la science et, surtout, posons un regard clinique sur la réelle complexité de l’obésité.
Les 3 visages de l’obésité (et pourquoi l’IMC nous trompe)[4]
Depuis quelques années, la science reconnaît que l’obésité revêt plusieurs formes et que le poids seul ne définit pas l’état de santé d’un individu.
- L’obésité surestimée (ou le biais musculaire)
C’est le profil typique des athlètes de haut niveau ou des personnes ayant une masse musculaire très développée. Pensez par exemple à Laurent Duvernay-Tardif : avec un Indice de Masse Corporelle (IMC) de 33, il est techniquement classé en « obésité de classe I ». Pourtant, il ne présente pas une accumulation excessive de tissu adipeux, mais bien une masse musculaire imposante. Ici, l’IMC est biaisé et inadéquat.
- L’obésité métaboliquement saine (sans complications)
Certaines personnes sont naturellement grosses, et ce, parfois depuis la petite enfance. Pourtant, elles maintiennent un mode de vie exemplaire : activité physique régulière, alimentation équilibrée, absence de tabagisme et consommation modérée d’alcool. Vous connaissez certainement quelqu’un dans cette situation, dont le bilan de santé est absolument impeccable année après année.
- L’obésité clinique
Dans ce cas précis, le volume corporel a un impact direct sur la santé physique et les complications apparaissent : hypertension artérielle, cholestérol élevé, diabète de type 2, stéatose hépatique (foie gras), douleurs articulaires, troubles respiratoires ou limitations de mouvement.
Quand devrions-nous entamer un médicament du GLP-1?
Il faut cesser de croire que la gestion du poids se résume à une simple équation mathématique consistant à « couper les calories et bouger plus ». Le poids est un phénomène d’une immense complexité. Saviez-vous que notre bagage génétique détermine entre 50 % et 80 % de notre signature pondérale ?[5][6] Aucun professionnel de la santé ne peut modifier vos gènes. Nous ne sommes tout simplement pas égaux face à la balance.
Concrètement, cela signifie qu’une personne vivant avec une obésité clinique peut être très active, manger sainement, et être tout de même incapable de perdre les kilos nécessaires pour soulager sa santé physique. Pour elle, cette nouvelle classe de médicaments devient un levier thérapeutique extraordinaire, un complément légitime à ses efforts.
À l’inverse, si une personne souhaite utiliser ces injections pour perdre du poids rapidement et sans effort, sans aucune intention de modifier son mode de vie, le médicament se transforme en béquille. C’est un simple « diachylon » appliqué sur des habitudes de vie qui mériteraient d’être optimisées.
D’ailleurs, saviez-vous que la monographie officielle de l’ensemble de ces médicaments stipule, dès les premières lignes, qu’ils doivent être accompagnés d’un mode de vie actif et d’une alimentation équilibrée ? Les célèbres études cliniques STEP 3 [7]l’ont d’ailleurs prouvé : un mode de vie sain potentialise l’effet de la médication, tant sur le contrôle de la glycémie que sur la gestion du poids.
Des molécules prometteuses, mais aucune formule magique
Tout médicament comporte son lot d’effets secondaires, de contre-indications et de réactions variables d’un individu à l’autre. Tout comme il faut parfois tester plusieurs antidépresseurs avant de trouver le bon, il en va de même pour ces traitements. Pourtant, la culture populaire tend à les présenter comme des solutions magiques. La réalité clinique est plus nuancée :
- Les effets secondaires limitants : Les nausées et les troubles intestinaux sont fréquents. Pour certains patients, ces symptômes sont si intolérables qu’ils obligent à cesser complètement le traitement.
- L’impact variable sur l’alimentation : Pour certains, la réduction du food noise (les pensées obsessives liées à la nourriture) et la gestion de la faim sont une libération. Pour d’autres, la baisse drastique de l’appétit nuit à la quantité et à la qualité des aliments ingérés, ce qui peut mener à de graves carences nutritionnelles. Il est fréquent de ne pas pouvoir atteindre la dose maximale suggérée afin de protéger ses apports nutritionnels de base.
- Le piège du chiffre sur la balance : Ces molécules permettent d’atteindre une perte de poids moyenne de 15 % (et non 30 % ou 50 %). En raison des prédispositions génétiques, certains ne perdront presque rien, d’autres atteindront la moyenne, et une minorité connaîtra des transformations spectaculaires (celles-là mêmes qui sont surreprésentées sur TikTok ou Instagram). ( Il est important de se rappeler que ces pertes de poids variables peuvent aussi être attribuables aux changements du mode de vie ou pas! ) Prioriser le chiffre au détriment d’une prise en charge globale de la santé est un piège à éviter.
Mettre la volonté du client au cœur de l’interdisciplinarité
Une prise en charge de la santé réussie ne devrait jamais être imposée par un protocole rigide. Le choix d’amorcer ou non un tel traitement pharmacologique doit d’abord et avant tout découler de la volonté du client et non des pressions de l’équipe médicale ou des tendances populaires. Le client qui aurait un bénéfice à utiliser ce genre de médicament (ou le client qui désire le débuter) devrait avoir une discussion libre, éclairée et nuancée afin de prendre une décision alignée avec ses objectifs santé.
Une question essentielle demeure : comment ces traitements seront-ils intégrés à long terme ? Seront-ils prescrits de façon isolée ou s’inscriront-ils dans une démarche globale, une opportunité pour référer, discuter de saine alimentation, de l’importance de bouger et de prendre soin de sa santé mentale ?
La pharmacologie est un outil, un coup de pouce technologique. Mais pour protéger votre bien-être à long terme et bâtir des habitudes de vie durables, l’accompagnement humain reste la clé de voûte. Ce levier médical gagne toujours à être jumelé à une approche interdisciplinaire combinant l’expertise de la nutrition (manger mieux), de la kinésiologie (bouger plus et/ou mieux) et de la psychologie ( ex : gérer les émotions différemment que par la bouffe) pour entourer l’individu dans toute sa globalité.
J’aime souvent dire en consultation : Votre poids m’importe peu, c’est ce qui se cache en arrière qui m’intéresse, soit vos habitudes de vie. Donc, peu importe votre IMC, ceci ne devrait jamais être LA raison de consultation en nutrition!
Qu’en pensez-vous ? Est-ce que cette évolution médicale ultra-rapide vous impressionne ou suscite-t-elle chez vous des réserves ? Poursuivons la discussion dans les commentaires !
[1] Institut de la Santé Publique du Québec, Prévalence du diabète, Prévalence du diabète | Institut national de santé publique du Québec, 29 juillet 2025, consulté le 5 juin 2026
[2] Ministère de la Santé et des Services sociaux, Statistiques de Santé et de mieux—être, Évolution de la population touchée par l’obésité – Statistiques de santé et de bien être selon le sexe – Tout le Québec – Professionnels de la santé – MSSS, 25 août 2025, consulté le 5 juin 2026
[3] Katsi V, Koutsopoulos G, Fragoulis C, Dimitriadis K, Tsioufis K. Retatrutide-A Game Changer in Obesity Pharmacotherapy. Biomolecules. 2025 May 30;15(6):796. doi: 10.3390/biom15060796. PMID: 40563436; PMCID: PMC12190491., consulté le 5 juin 2026
[4] Rubino F, Cummings DE, Eckel RH, Cohen RV, Wilding JPH, Brown WA, Stanford FC, Batterham RL, Farooqi IS, Farpour-Lambert NJ, le Roux CW, Sattar N, Baur LA, Morrison KM, Misra A, Kadowaki T, Tham KW, Sumithran P, Garvey WT, Kirwan JP, Fernández-Real JM, Corkey BE, Toplak H, Kokkinos A, Kushner RF, Branca F, Valabhji J, Blüher M, Bornstein SR, Grill HJ, Ravussin E, Gregg E, Al Busaidi NB, Alfaris NF, Al Ozairi E, Carlsson LMS, Clément K, Després JP, Dixon JB, Galea G, Kaplan LM, Laferrère B, Laville M, Lim S, Luna Fuentes JR, Mooney VM, Nadglowski J Jr, Urudinachi A, Olszanecka-Glinianowicz M, Pan A, Pattou F, Schauer PR, Tschöp MH, van der Merwe MT, Vettor R, Mingrone G. Definition and diagnostic criteria of clinical obesity. Lancet Diabetes Endocrinol. 2025 Mar;13(3):221-262. doi: 10.1016/S2213-8587(24)00316-4. Epub 2025 Jan 14. Erratum in: Lancet Diabetes Endocrinol. 2025 Mar;13(3):e6. doi: 10.1016/S2213-8587(25)00006-3. PMID: 39824205; PMCID: PMC11870235., consulté le 5 juin 2026
[5] Harvard Health. Why People Become Overweight. Consulté le 28 mai 2023. https://www.health.harvard.edu/staying-healthy/why-people-become-overweight, consulté le 5 juin 2026
[6]New Scientist, Hunt for obesity gene yields a new suspect | New Scientist, 12 avril 2007, consulté le 5 juin 2026
[7] Wadden TA, Bailey TS, Billings LK, Davies M, Frias JP, Koroleva A, Lingvay I, O’Neil PM, Rubino DM, Skovgaard D, Wallenstein SOR, Garvey WT; STEP 3 Investigators. Effect of Subcutaneous Semaglutide vs Placebo as an Adjunct to Intensive Behavioral Therapy on Body Weight in Adults With Overweight or Obesity: The STEP 3 Randomized Clinical Trial. JAMA. 2021 Apr 13;325(14):1403-1413. doi: 10.1001/jama.2021.1831. PMID: 33625476; PMCID: PMC7905697. , consulté le 5 juin 2026
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